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Libération de la Ville de Wavre – septembre 1944

Discours prononcé à l'occasion du 75ème anniversaire de la Libération de Wavre par les Welsh Guards

Libération de la Ville de Wavre – septembre 1944

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Au nom du Collège et du Conseil communal, je suis heureuse et très honorée d’accueillir aujourd’hui à Wavre la délégation des Welsh Guards dans le cadre de la commémoration du 75ème anniversaire de la libération de Wavre en septembre 1944, libération qui fut précisément rendue possible grâce à l’intervention courageuse du 2ème Bataillon des Welsh Guards de l’armée anglaise.

Il nous importe en effet de rendre hommage à ces valeureux soldats mais aussi à ces résistants locaux, ces hommes et femmes de l’ombre, grâce auxquels Wavre a pu retrouver sa dignité.

Je remercie pour leur présence les anciens Wavriens qui ont vécu cette sombre période et qui se sentent tout particulièrement concernés par cette commémoration.

Bon nombre d’entre nous, c’est vrai, n’avons pas connu la guerre et, depuis 75 ans, sans finalement en mesurer l’importance et sans bien nous en rendre compte, nous vivons dans un pays en paix et bénéficions des bienfaits de la liberté.

Ce n’est donc que justice que nous prenions conscience des souffrances endurées chez nous durant cette période sombre de notre histoire et que nous adressions notre reconnaissance à ceux qui ont sauvé notre Ville.

 

Septembre 44. La Belgique toute entière vit des heures d’espoir dans l’attente de sa libération…

Espérance et angoisse mêlées cependant, car si les armées allemandes se replient en désordre, elles jalonnent fréquemment leur fuite de meurtres et d’incendies.

Comme bien d’autres villes et villages, Wavre elle aussi connaîtra cette atmosphère troublée, elle qui, le 6 août, soit un mois auparavant, avait perdu son bourgmestre, Alphonse Bosch, assassiné par les rexistes.

 

75 années se sont désormais écoulées. L’heure est aujourd’hui au souvenir et à la mémoire.

 

4, 5, 6 septembre 1944.

Trois jours de peur, d’espoir, de combats et enfin de joie…

 

Permettez-moi de vous inviter à un petit voyage dans le temps…

Depuis le 1er septembre, des convois allemands de plus en plus denses traversent Wavre quasi sans arrêt. Une véritable débandade !

3 septembre,

Des troupes allemandes sans commandement, errent dans la ville pour tenter d’obtenir de la nourriture. Des groupements isolés circulent un peu partout. Certains se rendent. Parfois même, des soldats solitaires sont abattus sans combattre, par des civils embusqués.

4 septembre,

Bruxelles est libérée mais la situation à Wavre reste critique…

Revêtus de leur salopette blanche, les résistants de l’Armée secrète qui jusque-là avait multiplié les actes de sabotage (voies de chemins de fer, lignes téléphoniques) et qui assuraient l’information et la coordination avec les troupes anglaises et américaines opèrent désormais en plein jour mais avec la plus grande prudence pour débusquer les Allemands en repli cà et là dans la ville.

Les ponts du Christ et de l’avenue Auguste Mattagne sont dynamités par les Allemands, soucieux de protéger leur fuite. Le souffle de l’explosion, d’une rare violence, emporta toutes les constructions dans un rayon de 50 mètres.

NB : les 2 quartiers avaient déjà été bombardés en mai 40.

Un blindé allemand descend la rue de Namur et incendie les dernières maisons du bas de la rue. Puis, il s’acharne sur des immeubles de la place du Sablon (place Bosch à partir du 17/9/44).

Un carnage inutile (des incendies et un pompier wavrien tué) en représailles de quelques coups de feu tirés dans leur direction par quelques inconscients.

Au début de l’après-midi, on annonce que les Anglais sont proches de Wavre, à Notre-Dame au Bois, et que les Américains avancent vers Ohain.

En soirée, une pluie d’obus lancés par les Allemands depuis l’aérodrome de Beauvechain s’abat sur Wavre pendant ¾ d’heure.

Le plus souvent terrée dans les caves, la population vit ces moments dans l’angoisse.

Des foyers d’incendie se déclarent un peu partout ; de nombreuses maisons sont devenues inhabitables, obligeant leurs occupants à se réfugier chez des voisins.

Durant la nuit, des patrouilles de résistants sillonnent la Ville à la recherche de soldats allemands embusqués

5 septembre,

Convaincus qu’il n’y a plus d’Allemands dans les parages, des Wavriens inconscients commencent à sortir leur drapeaux, prêts à accueillir les Alliés et à fêter leur libération.

C’est hélas prématuré !

Vers 14h : la surprise est totale ! c’est une colonne de blindés allemands qui entre dans Wavre… engendrant un affolement général. Les drapeaux sont retirés précipitamment et la population se réfugie dans les habitations.

Les soldats de cette colonne, la 9ème SS Panzer Division qui se dirige vers Louvain, sont particulièrement nerveux du fait qu’ils ne peuvent traverser la Dyle.

Guidés par un rexiste local, les chars allemands réussissent à la franchir par le petit pont des papeteries de Basse-Wavre resté intact, tandis que certains soldats se retranchent dans le séminaire (actuel collège ND) et la papeterie.

Wavre, il faut le rappeler se situe dans le secteur américain. Hélas, les soldats US connaissent le 5 septembre un retard causé par les combats à Mons et des difficultés d’approvisionnement en carburant.

Deux résistants wavriens issus de l’Armée secrète (Albert Loicq et Norbert Patiny) décident alors de prendre par les champs pour se diriger vers Bruxelles afin de trouver de l’aide.

Sur leur chemin, ils tombent sur le 2ème Bataillon des Welsh Guards basé à ND au Bois et leur lancent un véritable appel au secours.

Avec insistance, ils réussissent à les convaincre de faire mouvement vers Wavre avec pour mission de dégager la ville et ce, en dépit du fait que notre ville n’était pas dans leur secteur et que leurs hommes n’avaient que peu dormi depuis plusieurs jours.

Ce furent donc eux nos libérateurs…

Sous les ordres du Major FOWKE, en fin d’après-midi, ils arrivent par la chaussée de Bruxelles et passent la voie ferrée sous les acclamations des riverains.

Un char anglais (un Cromwell) se place au carrefour de l’école St Jean-Baptiste. Il doit immédiatement faire face à l’arrivée d’un camion SS chargé d’une douzaine d’hommes. Le camion stoppe au milieu de la rue de Bruxelles et est visé par un obus. Ayant eu le temps de s’éjecter du véhicule et de s’engouffrer dans la rue de l’hôtel, les soldats sont pris au piège par un char anglais situé rue Lambert Fortune. 2 SS seront tués et 3 blessés.

Peu après, un Panzer allemand, établi sur l’autre rive de la Dyle, au carrefour du Fin Bec, tire sur le char Cromwell anglais. Un membre de l’équipage est tué. Il s’agit du caporal George Ernest FARDOE âgé de 24 ans. Les 4 autres membres de l’équipage seront blessés.

Ameutés par le bruit, d’autres Panzer se placent au Fin Bec. Dans l’enfilade de la chaussée de Bruxelles, des Cromwell interviennent par des tirs précis en leur direction, les amenant à interrompre le combat et à remonter vers Namur par l’avenue Reine Astrid.

Au même moment, soldats anglais et membres de l’Armée secrète se dirigent vers Basse-Wavre et le Séminaire où sont embusqués des Allemands. Les combats se solderont par le décès du soldat de 1ère classe HUGUES. Alors que le chef de la section ainsi que 3 de ses compagnons d’armes étaient blessés, en réaction, il s’était mit immédiatement en position de tir avec son arme antichar (Piat) et avait visé un blindé ennemi avant d’être devancé et tué d’un éclat dans la tête.

Ce combat se soldera in fine par la reddition en nombre de soldats allemands réfugiés dans la papeterie et persuadés que les tirs leur étaient destinés. Un soldat anglais et 3 soldats allemands perdirent la vie dans cet affrontement, ainsi que 2 civils qui observaient les combats sur le seuil de leur porte et qui furent tués d’une même balle.

En début de soirée, le calme revient. Les Welsh Guards ont libéré totalement notre Ville.

Ils ne s’y attarderont cependant pas. Récupérant leurs blessés et leur matériel, ils retournèrent en effet vers Bruxelles.

6 septembre

Les renforts américains retardés, à savoir la 2ème Division blindée US, pénètrent dans la ville. La population leur réserve un accueil triomphal.

Wavre, libérée malgré ses ruines, peut enfin respirer… les habitants peuvent donner libre cours à leur joie et la ville connaît une liesse populaire indescriptible.

Les heures qui suivirent furent cependant moins joyeuses pour quelques rexistes et collaborateurs notoires qui furent promenés dans les rues sous les huées…

 

Nous connaissons la grandeur et le sang versé par la résistance mais aussi par ces soldats venus se battre pour libérer Wavre, une terre qu’ils n’avaient vraisemblablement jamais foulée, pour défendre une cause qu’ils savaient plus importante qu’eux, celle de la liberté et de la démocratie.

Nous ne pouvons oublier les sacrifices consentis et c’est avec une sincère reconnaissance qu’au nom de notre Ville et de ses habitants, je tiens à saluer leur combat. C’est aussi pour que triomphent les valeurs qu’ils défendaient que nous veillons précieusement à les transmettre aux générations futures.

C’est pourquoi nous avons décidé d’exposer dans le cloître de l’Hôtel de Ville des photographies d’époque qui vous plongeront ou vous replongeront dans l’atmosphère de ces journées décisives.

Merci encore à tous pour votre présence.

Françoise Pigeolet

 

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